Mais où s'arrêtera Tsui Hark?
Lorsque Tsui Hark décide de partir dans un trip live typé comédies musicales des années 40, cela donne bien évidemment Shanghai Blues, oeuvre ô combien typique, complètement rehaussée et lavée de ses clichés par un maître de la caméra et un formidable premier producteur. Tsui Hark confiait d'ailleurs son envie de voir naître un studio où les cinéastes seraient libres de faire ce qu'ils veulent, que ce soit dans la construction d'un décor, d'un univers. C'est chose faite avec la création de Workshop et l'on se dit que l'homme ne s'est pas fichu de nous, tellement ce Shanghai complètement fictif s'avère être d'un naturel confondant. Le cadre est planté, il ne reste plus qu'à trouver THE script pour épater la galerie et faire asseoir son statut de cinéaste de géni. Shanghai Blues est né, pour le meilleur et le meilleur.
On peut tout dire à propos de Shanghai Blues. Qu'il représente la quintessence cinématographique d'un réalisateur enragé et passionné, qu'il foisonne d'idées à la seconde, malaxe les genres pour n'en former qu'une seule et même boule et pour finir, traite d'un thème douloureux (opposition Chine Japon) avec sincérité (reconstitution remarquable) et humour (comédie musicale burlesque et exagérée). Tsui Hark se moque des codes du genre et fait valser ses idées grâce à un rythme tout bonnement hallucinant du début à la fin. A vrai dire, avec des interprètes tels la fantastique Sally Yeh (quelle interprétation!), le génial Kenny Bee ou la ravissante Sykvia Chang, le film de Maître Hark ne pouvait qu'être dément. Les acteurs, à vrai dire, sont ce qu'il y a de plus important dans Shanghai Blues tant ils mettent en valeur avec brio leur mimiques grossies pour l'occasion. Un étonnant contraste avec le thème du film (histoire d'amour entre deux inconnus) qui privilégiait sûrement le vaudeville à la comédie musicale barrée. De plus, la trame d'ensemble ne souffre d'aucun défaut et permet même un joli twist final.
Visuellement superbe, renvoyant les comédies musicales d'une autre époque directement à la trappe, Tsui Hark étonne une nouvelle fois par son sens aigu de la mise en scène, généreuse et parsemée d'éclairs de géni. C'est simple, le montage fait la part belle aux séquences rapides, cadrant à peu prêt tout dans des positions variées (une habitude chez le cinéaste). Il n'y a qu'à voir les mouvements de foule, les danses, les courses dans l'immeuble ou que sais-je encore pour ne plus remettre en doute le talent de Tsui Hark et surtout, son importance dans le paysage cinématographique Hongkongais et mondial. Le génial cinéaste de l'Enfer des armes n'a déjà plus rien à prouver dès son huitième film, c'est assez rare pour le souligner.
Esthétique : 4.5/5 - Perle de mise en scène et exemplaire dans son montage. Impressionnant.
Musique : 4/5 - Chansons légères et sucrées, musiques de très bonnes factures.
Interprétation : 5/5 - Tout est exagéré, mais les interprètes sont tellement attachants!
Scénario : 4.25/5 - Géniale histoire d'amour, pleine de mystères. Narration remarquable.
Fleur de Shanghai
Un an après Zu, Les Guerriers de la montagne magique, Tsui Hark signe un nouveau coup d’éclat avec ce Shanghai Blues. Ce film inaugurant sa Film Workshop représente rien de moins qu’une version aboutie de la formule esquissée dans All the Wrong Clues. Véritable rêve éveillé, le film permet à Tsui Hark de revisiter le passé glorieux des cinémas de Hong Kong et de Chine Continentale en leur imposant sa marque. Tout en retrouvant au passage une forme de magie cinématographique aux saveurs si proches de l’âge d’or hollywoodien fifties et des grandes heures du muet. Ce mélange des genres, cet art de la rupture de ton qui fait surgir le burlesque au milieu de la tristesse, ces acteurs au jeu outré, cette naïveté pleinement assumée, tout ceci évoque le meilleur du muet mais est pourtant si hongkongais. Si Hollywood fifties ces passages chantés ou de comédie musicale mais renvoyant aussi à leur recyclage par la Shaw Brothers : les films d’Inoue Umetsugu ici revisités et transcendés par Tsui Hark. Si hollywoodiens encore ces quiproquos amoureux, ces femmes sûres d’elles-mêmes n’hésitant pas à prendre les devants avec les hommes, cette énergie comique apportée par Sally Yeh et Sylvia Chang, comme une réverbération hongkongaise de screwball comedy et pourtant appartenant totalement à Tsui Hark, les personnages féminins forts et le motif du trio amoureux étant deux caractéristiques bien établies de son cinéma. Rien d'étonnant que la magie du mélange des genres des grandes heures du muet et celle des screwball comedies hollywoodiennes aient élu domicile dans Shanghaï Blues: ces deux ingrédients étaient déjà présents dans le cinéma chinois continental des années 30, celui des grandes années du star system shanghaïen abondamment cité/réapproprié (Les Anges du Boulevard, Au Carrefour) par Tsui Hark ici. Le ballet des corps de Zu est certes mis provisoirement en veilleuse mais le panache est bien là.
Car après tout on peut bien se permettre une reconstitution cheap de Shanghaï quand on fait un film suintant à ce point le désir de cinéma. Shanghai Blues a de fait cette naïveté, cet art de l’émerveillement permanent alliés au souffle d’une vraie fresque et d’un film monde. On se plonge avec délice au milieu de ces clochards hauts en couleur, ces jeunes fougueux venus à Shanghai pour réussir, ces clubs où les danseuses jouent la carte d’un glamour élégant. Ou encore ces hommes assoiffés de sexe qui tentent d’acheter la beauté, ces concours de beauté, ces hommes en soif d’amour et de fuite, ces clowns naïfs. Et ce joueur de tuba quittant son orchestre pour poursuivre tuba en main une femme croisée sous un pont des années auparavant, ces conducteurs de pousse pousse ne supportant pas de se faire rouler et ces femmes usant de leurs nombreux charmes pour survivre financièrement. On n’oublie pas non plus les touches d’humour de ces passages dansés comme le bain moussant ou la robe trouée comme ces disputes entre femmes désirant le même homme ou n’hésitant pas à se battre avec l’homme qu’elles aiment. Ce que met en scène Tsui Hark, c’est un Shanghaï à l’énergie grouillante, une terre d’opportunités que certains désirent fuir, un dernier souffle d’innocence et une parenthèse historique (entre fin de guerre et avènement du communisme). D’où parallèle évident avec le Hong Kong de son temps, celui de l’immédiat avant-rétrocession.
Mais derrière cette insouciance de façade le film n’oublie pas de suggérer qu’une innocence va se perdre irrémédiablement. Chose particulièrement évidente dans la fin du film. SPOILERS En surface, elle a toutes les caractéristiques d’une fin hollywoodienne. Alors que la femme qu’il aime veut quitter Shanghaï avec un autre homme, le musicien héros du film court pour rattraper son train et lui déclarer encore sa flamme face à des passagers dont les applaudissements de fin évoquent les meilleures comédies romantiques hollywoodiennes. Mais ce faisant le rêve de ménage à trois d’une Sally Yeh déjà touchante de naïveté s’est brisé et son innocence est perdue à jamais. Qui plus est, ce train vers lequel tout le monde se bouscule sans pouvoir tous y entrer a aussi ce parfum de fin d’époque. FIN SPOILERS L’énergie des acteurs, celle du montage et de certains mouvements de caméra, ces lumières vives de la photographie se reflétant sur l’eau en ouverture, tout ceci respire la Workshop’s touch déjà affirmeé. Et ça a pourtant ce charme unique des premières fois.
Première fois que Tsui Hark était son propre patron, qu’il tenait vraiment les rennes d’un film. Il allait persister de façon inspirée dans cette voie avec Peking Opera Blues et confirmer ensuite avec des hauts et des bas sa place unique dans l’histoire récente du cinéma d’Extrême Orient. Mais ce moment marquant la rencontre d’un talent hors pair et d’une époque qu’il incarne place Shanghai Blues parmi les plus belles réussites de Tsui Hark.
Au théâtre ce soir
Ce film requiert un état d’esprit adéquat pour être apprécié à sa juste valeur, une certaine mise en condition propice à la post-découverte de l’oeuvre. Et, faute de Delorean, quoi de mieux qu’un nouvel an chinois pour optimiser la chose ? Doggy style chinese day placé sous le signe du chien et des nems dégueulasses toujours pas digérées par l’estomac du pauvre petit cinémasien, ce jour marque la vision inédite du grand Shanghai Blues de Sifu Tsui Hark !! Fêtons l'évènement comme il se doit, pour beaucoup au moins aussi important que la sortie prochaine de The Blade en DVD Zone 2!! TING-TILILING-TING-TING, PA-PALALA-PA-PA, PAF-PAF-PAF-PAF-RATATATATA!!! (On dirait que c’était le bruit des cymbales et des pétards hein…)
Le film est typique du trublion Tsui Hark. Il porte la marque de l’ambiance bricolo-magique des Studios Workshop, avec ici un Shanghai en carton plâtre préfigurant celui des tout aussi étriqués Gunmen déboulés quelques années plus tard. Tsui Hark s’amuse à jongler avec les genres, tout en réussissant son habituel numéro d’équilibriste consistant à doser pile poil chacun pour que l’ensemble ne soit constitué que de scènes complémentaires. Qu’elles soient burlesques, dramatiques, musicales, vaudevillesques ou encore douces amères, ces « tranches de vie » en ressortent toujours positives et joyeuses, à la manière d’une pièce de théâtre déconneuse de Molière. Cette filiation est plus plaisante que les enclumeries tristounes asiatiques que l’on peut contempler ailleurs, appréciables sur la seule condition que l’on soit pourvu d’un « certain regard ». Le miens étant, en l’occurrence, enclin à cibler du Cyclotourisme pleurnichard. On préfèrera s’amuser à voir dans "Shanghai Blues" la version shanghaienne de la grande dépression New-yorkaise des années 30, récemment décrite par Peter Jackson dans la première partie de son dantesque King Kong. La joyeuse artiste Ann Darrow, jouée par la superbe Naomi Watts, trouve une résonance toute particulière dans ces deux femmes incarnées par Sally Yeh et Sylvia Chang, elles sont toutes trois adeptes des outils féminins de survie que sont: 1- le sourire de circonstance, et 2 - l’exhibition de guibolles dansantes, aussi utiles pour calmer un gros monstre poilu que pour composer avec une société d’opportunistes voraces. Idées perpétuelles, naïveté constante, couleurs chatoyantes, rythme à 100 à l’heure et poésie de l’instant sont les gimmicks habituelles - et formidables - de Tsui hark, un clown gymnaste et joueur qui, après un salto, aime à jouer banco. Saltimbanque, va…
Un des plus beaux films de Tsui Hark....hélas oublié !
Shanghai Blues fait parti de ces films mythiques, mais totalement introuvables, que peu de personnes ont vu mais que tous qualifient de chef d'oeuvre... Ce qui est très courant avec les films muets mais très rare concernant un film datant de 1984 (!!!).
Shanghai Blues est le premier film produit par la Film Workshop, suite à l'experience Mad mission 3. En fait, le 3ème volet des aventures du James Bond asiatique a été un très gros succès (près de 30 millions de dollars Hk de recettes), mais Tsui Hark fut (très) insatisfait du résultat (suite à de nombreuses disputes avec les producteurs, il abandonna le film avant la fin du tournage). Hark, ne voulant plus que cela se reproduise, décida de fonder sa propre maison de production où il pourrait contrôler jusqu'au moindre détail les films des autres et réaliser les siens en toute liberté (!)... avant que près de 20 ans plus tard Miramax ne vienne le faire ch... (mais là c'est une autre histoire...)
On peut dire qu'avec Shanghai Blues, l'histoire de la Film Workshop a commencé en beauté, car c'est un film immense, un des plus grans films de Tsui Hark (pour moi, c'est le meilleur avec The Lovers et The Blade), un moment de cinéma pur digne des plus grands films de l'âge d'or de cinéma Hollywoodien (les années 40-50), un film dont chaque scène constitue en elle même un chef d'oeuvre d'humour et de poésie visuellement terassante, tirée vers le haut par la partition de James Wong (une de ses plus belles, mélangeant des styles assez divers tout en gardant une très grande unité...du grand art). Tsui Hark parvient à magnifier chaque détail pour en faire un monument de magie filmique (la façon dont il filme des passants avec des parapluies, ou une scène durant laquelle Sally Yeh étend du linge etc...).
Shanghai Blues est un film intemporel, en aucun cas marqué par son époque, il est le genre de film qu'on pourrait croire réalisé autant en 1960 qu' en 2003, il ne vielliera jamais et gardera toujours sa grande force. Comme d'habitude, le génie de Tsui Hark est de pouvoir dans unee même scène alterner différents tons. On peut citer, par exemple, les passages présentant des anciens combattants devenus clochards qui sont obligés de donner leur sang pour survivre, ces scènes sont à la fois très drôles (humour "slapstick" très burlesque) et d'une immense tristesse.
Comme je l' ai dit précédemment, Shanghai Blues regorge de scènes magnifiques comme celle où l'on voit le clown interprété par Kenny Bee, jouer du violon, ces plans sont entrecoupés par d'autres montrants les rues de Shanghai et des photos... Cette scène, difficile à raconter, est au moins aussi belle que celle de The Lovers où l'on voit Leung Shak Pak qui, pour la première fois, joue de la musique avec ses émotions.
Tout cela pour dire que Shanghai Blues est pour moi un film parfait (beau, virtuose, drôle, émouvant, poétique,...), qui méritérait d'être (re)découvert car il a tout, absolument tout, pour s'imposer comme étant un film majeur, un classique.
Une oeuvre qui compte parmis les meilleures du maître, ce qui n'est pas peu dire. Un film à la fois simple et amusant, et les scripts simples à suivre ne sont pas légions chez Tsui Hark. Une excellent production, la première de la film Workshop et l'une des meilleures.
Les couleurs de Shanghai
Certains réalisateurs marquent une cinématographie de par les empreintes qu'ils laissent, volontairement, sur tout ce qu'il touche. Shanghai Blues est donc empreint de cette touche magique qui fit la nouvelle marque de fabrique du cinéma hongkongais, la touche Tsui Hark.
Tout ce que cet homme touchait alors, devenait or. Ce Midas du celluloïde créait alors l'Atelier de Travail avec son épouse, et réalisait ce beau film qu'est et demeure Shanghai Blues.
Histoire d'une rencontre, d'un amour dans le Shanghai occupé de la guerre, puis d'une séparation douloureuse avec la promesse de retrouvailles. S'en suit un véritable vaudeville dans lequel les personnages se croisent et s'effleurent dans un joyeux melting-pot de comédie et de romance.
Comme souvent chez
TSUI Hark, c'est l'idée suivante qui anéantit la précédente, parfois trop vite, souvent délicieusement. Dans Shanghai Blues on a droit à un foisonnement de couleurs et de lumières dans lequel les destins se croisent et s'entrecroisent dans la joie et la bonne humeur. Fini le pessimisme latent de ses premières oeuvres, place à la guimauve, mais la sucrerie acidulée qui n'oublie pas d'égratigner.
De par son rythme endiablé et son emballement de tous les instants, ce film tape indéniablement du côté du burlesque du cinéma américain d'avant-guerre. Proche d'un Michael Curtiz pour le foisonnement de tous les instants, on pense parfois à son Night An Day, à Hawks pour le comique de situation et Donen, Sandrich, Kelly pour l'univers de la comédie musicale colorée et douce-amère.
Dans Shanghai Blues on retrouve tout ce qui fera le cinéma de Tsui Hark, cette vitalité qui resplendit à chaque instant, ce foisonnement de personnages hauts en couleurs, cette créativité incessante qui donne à ses oeuvres comme un achèvement totale, bien sûr il n'omet pas de tout remettre en question l'instant d'après.
Parfois franchement comique, ce qui n'est pas toujours (souvent) l'apanage des réalisateurs hongkongais, ce film se perd parfois dans des dialogues un peu vains découlant de situation qui ne le sont pas moins. On peut reprocher ce côté un peu trop lénifiant, qui prédispose pourtant au meilleur, la pluie faisant le beau temps.
Si l'on parvient à ne pas se perdre dans cet espèce de parti pris, à ne pas décrocher devant ce superflu luxueux, on sera à même d'apprécier le ton cocasse et patatresque qui suit. Savoir préparer la chute, tel est la règle chez Tsui Hark.
Le rythme effréné et les pauses romancées qui s'en suivent le tout appuyé par une musicalité donnent un doux sentiment d'enchantement à cette oeuvre riche en couleurs et aux multiples personnages.
Manque peut-être, l'intrusion dans le cinéma d'action qui fera toute la grandeur de son futur
Peking Opera Blues. On se contentera de penser qu'il s'agit là des prémices esthétisants d'un style qui fera école et donnera au cinéma tant de merveilles.
Une terrible déception...
Shanghai Blues de Tsui Hark fait parti des "grands" films du cinéaste auquel je n'ai pas accroché. Ici, il s'agit d'une "simple" comédie dont j'attendais pourtant monts et merveilles. Si jamais ça vous prend, le film n'est en rien comparable à Peking Opera Blues (les deux titres étant proches). Il faudra le revoir.
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Edit 04/2018
Revu plus de 8 ans après, Shanghai Blues est évidemment infiniment meilleur que le souvenir que j'en avais gardé, mais le film mériterait une restauration digne de ce nom.
07 janvier 2010
par
Hotsu
excellent
bon il y a déjà deux grosses critiques, la mienne sera plus brève, surtout que c'est pour aller dans le même sens. en effet SHANGHAI BLUES est plus que recommandable, très bon film de Tsui Hark, donc on ne reconnaît pas spécialement la patte visuelle sur celui là, mais qui est réalisé très correctement, et dont l'histoire (une base assez proche d'UN LONG DIMANCHE DE FIANCAILLE, toute proportions gardées), est assez prenante pour en faire un film riche et divertissant. il y a pas mal d'ironie, de scènes comiques, mais pas seulement, le film reste léger mais avec une certaine profondeur. bref SHANGHAI se doit d'être vu par le plus grand nombre.
Shanghai, mon amour
Alors que l'industrie du cinéma hongkongais prend un essor commercial important, Tsui Hark décide de faire le point. L'échec de ses premiers films – justifié pour la très moyenne « Trilogie du Chaos », inique pour
Zu, les Guerriers de la Montagne Magique, qui contient déjà l'essence de son génie – ne lui fait pas baisser les bras, et il sent bien que les productions d'exploitation (
Mad Mission 3), c'est pas son truc. L'artisan de
Butterfly Murders et
L'Enfer des Armes, des œuvres au potentiel gâché par un flagrant manque de maîtrise technique et narrative, se transforme alors en joaillier du septième art et livre
Shanghai Blues, éblouissante comédie romantique déguisée en hommage au petit monde du cabaret d'antan. Une fois encore, le succès manque à l'appel mais qu'importe, la réputation de Tsui – au sein du « milieu », s'entend – est désormais gravée dans l'édifice dédié au cinéma de Hong Kong, de la même manière que John Woo deux ans plus tard avec
Le Syndicat du Crime, à la différence près que celui-ci bénéficiera d'une belle reconnaissance critique et publique dans ses contrées.
Shanghai Blues nous conte, en plein cadre du bombardement de Shanghai par les japonais durant les années 30, l'histoire d'amour chaotique d'un musicien/clown raté et d'une chanteuse à succès travaillant dans un cabaret. Une rencontre idyllique sous un pont, dix années qui passent puis deux êtres se retrouvant... et ne se reconnaissant plus. La présence d'une jeune fille démunie et un peu sotte viendra former une sorte de ménage à trois au sein duquel s'accumuleront les situations les plus drôles et farfelues que l'on puisse imaginer dans un tel contexte. Débordant d'humour burlesque, tendrement ironique vis-à-vis d'une certaine époque, mené à cent à l'heure par une mise en scène dont la formidable énergie constituera désormais la marque de fabrique de Tsui, cette perle rare n'en omet pas moins de nous réserver des instants de pure émotion tels que ces retrouvailles si touchantes entre Tung Kwok-Man et Shu-Shu par une belle nuit shanghaienne ou encore ce final empreint d'un bouleversant romantisme. La très belle musique de James Wong alterne chansons jazzy colorées à souhait et thèmes plus personnels seyant à merveille au ton du film et à son caractère rétro. Mais l'élément qui éclipse tout, le plus important facteur de cette merveille sur pellicule réside tout simplement dans la présence de Sylvia Chang, la vraie star de
Shanghai Blues, qui illumine l'œuvre en entier de sa grâce et son élégance tendrement décalées. Rarement actrice de Hong Kong n'aura su transmettre autant de charme au spectateur, voilà, c'est dit. Les personnages de Kenny Bee et Sally Yeh, fort attachants, ne sont bien évidemment pas en reste et animent le récit par leur fougue, leur dynamisme explosés.
Shanghai Blues ou le grand chef-d'œuvre oublié de Tsui Hark, en effet, le terme semble juste. Une bombe d'humour, d'émotion et de stylisme kitsch qui ne connaîtra au grand jamais les aléas du temps et dont le seul travers découle de sa durée limitée. Autrement dit, une demi-heure supplémentaire d'un tel joyau cinématographique n'aurait guère été de trop.
La mélodie du bonheur
Premier film de sa Film Workshop créée spécialement pour les besoins du tournage de ce film initialement prévu d'être réalisée par Yonfan, "Shanghai Blues" poursuit l'œuvre toute personnelle de Hark. Après ses débuts tonitruants en tant que fer de lance de la "Nouvelle Vague HK" par sa trilogie constituée de "Butterfly Murders", "Histories de cannibales" et "L'Enfer des Armes"; après avoir secoué le monde avec son avant-gardiste "Zu...", Hark s'était laissé tenter par des projets plus commerciaux de l'ordre de "Mad Mission 3". Les comédies HK atteignaient leur apogée durant la première moitié des années '80s et il était facile de faire facilement fortune en se lançant dans le genre.
Sa participation à la série des "Mad Mission" constituait tout de même une expérience amère à Hark. Il n'avait trouvé ses repères dans ce projet purement commercial et se tendait vers quelque chose de plus libertaire.
Lui est alors inspiré l'idée d'une possible toujours inachevée à ce jour, constituée par "Shanghai Blues", "Peking Opera Blues" et le troisième volet jamais tourné, "Cantonese Opera Blues". Ces films tournaient tous autour d'un même thème, celui de musiciens à différentes époques clés de l'histoire de la Chine.
3Shanghai Blues" inaugurait ainsi la fructueuse collaboration avec le compositeur James Wong, en grande partie responsable du plus gros du succès des films de par ses inimitables compositions influant tout rythme et atmosphère aux différents films.
"Shanghai Blues" est longtemps resté inédit, notamment à cause de son relatif insuccès à l'époque de la sortie du film; pourtant mal en a pris aux producteurs, cette comédie étant un rare joyau issu de l'archipel HK et tout simplement l'une des meilleures comédies des années '80s. Le film déborde d'une folle inventivité créatrice d'un Hark au meilleur de sa forme. Les gags fusent sans relâche, les émotion sont savamment dosées et le rythme est trépidant de bout en bout. Hark expérimente pour la première fois des situations purement burlesques directement inspirées des grandes pièces de bouvard du meilleur du théâtre européen des derniers siècles. Les parties de cache-cache de différents personnages à l'intérieur d'une seule pièce sont chronométrés à la seconde près et prouvent la réelle maîtrise d'un réalisateur en pleine possession de ses moyens. Du très grand art, réitéré ultérieurement dans ses "Peking Opera Blues" et "In the time...".
Les acteurs sont parfaitement dirigés, décors, costumes, scènes musicales, reconstitutions historiques, lumières - bref, TOUT est méticuleusement soigné et mis en valeur.
Un très grand moment comique dans la riche histoire du cinéma HK et un joyau dans la filmographie inégale de - pourtant - l'un des plus talentueux réalisateurs de HK.
Film méconnu de notre cinéaste préféré, Shanghai Blues est une pure comédie romantique mâtinée de vaudeville. Tout se passe dans l'après-guerre, à Shanghai donc, entre 2 femmes et un homme.
Le style visuel est déjà là, impressionnant, donnant du dynamisme à une histoire qui pourrait être très plan-plan. Il manque cependant la maîtrise du drame et l'adjonction de scènes d'action rocambolesques qui feront de Peking Opera Blues un chef-d'oeuvre.